Faut-il inverser le nom et le prénom dans les noms japonais ?

Pour résumer, pour 黒沢 明, faut-il écrire en français Akira Kurosawa ou Kurosawa Akira ?

En japonais, l’usage est de mettre le nom de famille devant. 黒沢 = Kurosawa, 明 = akira.

En français ou en anglais, l’usage est de mettre le prénom devant. Bernard-Henri Lévy. Benny Hill. Donald Trump.)

(Sur les prénoms japonais, voir La science ésotérique des prénoms japonais).

Quand je regarde mes mangas, dans l’édition originale, quand le nom de l’auteur est transcrit, parfois l’ordre japonais est conservé. Takano Ichigo 高野苺 .

Le plus souvent, c’est mis dans l’ordre « occidental ». Kiyohiko Azuma あずまきよひこ.

荒川弘, Hiromu Arakawa.

浩哉、Hiroya Oku.

(…une paire de boobs géants, ça manquait)

Donc, si même les japonais mettent le prénom d’abord, je dirais que mettre le prénom après c’est du pur snobisme.

En fait, c’est ce que je pensais déjà depuis toujours. Et comme ça génère des confusions, on dirait même qu’il le font exprès pour emmerder le monde. Iwaaki Hitoshi, Hitoshi Iwaaki. Allez distinguer le nom du prénom quand on ne connaît pas.

La science ésotérique des prénoms japonais

Combien de fois l’échange de noms dans les mangas ou animes s’accompagnent-il d’explications détaillées concernant les caractères à utiliser ?

Le prénoms japonais s’écrivent généralement avec un ou deux, plus rarement trois caractères chinois, kanjis.

Je prends un exemple. Dans les noms communs, comme dans les noms de lieux ou de famille, le caractère 優 a comme prononciation canonique yasa quand il est tout seul, et yû quand il est accompagné. On le retrouve dans yasashii (gentil, 優しい), haiyû (acteur/actrice, 俳優) ou joyû (actrice, 女優).

Dans les prénoms, il n’y a plus de règle. Tout seul, 優 se prononce le plus souvent yû (75% de fréquence), mais parfois masaru (25%), voire yutaka, shigeru, satoshi. Ca c’était pour les prénoms masculins. Pour les féminins, kokoro (homophone de 心 coeur), juri, sugiri, sugiru, sunao, yasa, yasahi, yui, yû… entre autres ! Ce sont les mots que me donne mon dictionnaire, probablement rares ou historiques mais tout de même.

優 c’est le prénom de Yû Hikasa (日笠優) l’auteur du manga Marion qui se passe à Paris en 1940.

Voir ici pour l’ordre nom / prénom.

Le pseudo de l’auteur de l’adaptation des enfants loups en manga et de Dernière Heure, Yû tout court, c’est 優 aussi.

Par contre, pour Yû Sasuga (貴家 悠) scénariste de Terra Formars, ça s’écrit 悠.

Pour Yuu Watanabe (渡瀬悠宇), auteure de shôjos, yuu c’est deux caractères, 悠宇. On l’écrit différemment en alphabet romain, mais en phonétique japonaise, c’est pareil.

Et avec deux kanjis ? Un seul exemple. 優奈 se prononce yuna, mais aussi quelquefois kokona (on retrouve le coeur) ou yukina, ou yûna. Et yuna peut aussi s’écrire 優凪, 優七, ou avec d’autres caractères pour yu : 結菜 ou 由奈, j’ai l’impresssion qu’on peut écire yuna de dizaines et dizaines de manières (d’après un article trouvé sur cuty.jp).

Le manga katsu! (KATSU!) de Mitsuru Adachi (あだち みつる) joue sur l’homophonie des prénoms de son jeune couple de héros, Katsuki. Elle 香月 (parfum ka et lune tsuki) lui 活樹 (animation katsu et bois ki). Katsu écrit 勝 signifie victoire, d’où le titre de ce manga sur la boxe au lycée, qui est écrit en caractère latins en v.o. Pour l’anecdote, écrit en katakana, katsu カツ est le mot qu’on retrouve dans certains plats que vous connaissez sans doute, et si les japonais mangent du tonkatsu, porc pané, la veille des matches ou examens, c’est à cause de l’homophonie avec le mot qui désigne victoire. Et pour l’anecdote encore, ce mot est d’origine française, après un passage par l’anglais (côtelette -> cutlet -> katsuretsu -> katsu).

Osamu Tezuka (手塚 治虫) le dieu du manga (神様) s’est toujours prénommé Osamu, et ça s’écrivait 治. Comme enfant, il était passionné d’insectes, il ajouté un scarabée 虫 (mushi) et c’est devenu son nom d’auteur (osamu + mushi -> osamu).

Hiromu Arakawa (荒川 弘) , auteure de Fullmetal Alchemist, se prénomme en fait 弘美 (Hiromi). Elle a abandonné un caractère et est devenue 弘 (Hiromu) pour publier dans un magazine pour jeunes garçons (shônen, 少年), parce qu’ils pensaient qu’une femme passerait mal. Merci pour la bouffée d’oxygène.

C’est tellement compliqué tout ça que les japonais eux-memes écrivent souvent les prénoms en phonétique de peur de se tromper. Beaucoup d’auteurs ont leur prénom écrit en phonétique. C’est le cas de Shigeru Mizuki (水木 しげる), Shigeru transcrit en hiragana しげる. Notez aussi que son héros Kitarô le repoussant (ゲゲゲの鬼太郎) a son « ki » qui est un kanji qui veut dire démon 鬼 suivi d’une combinaison courante dans les prénoms masculins tarô (太郎) comme Minetarô Mochizuki (望月峯太郎), l’auteur de Dragon Head ou Tôkyô Kaido

Pour Akira Hiramoto (平本アキラ), l’auteur de Prison School, akira s’écrit en katakana アキラ (une paire de boobs géants, ça manquait !). Akira Kurosawa (黒澤 明) Akira s’écrit 明, c’est clair.

Pour revenir à Mitsuru Adachi (あだち みつる ou あだち充), c’est parfois écrit tout en hiragana, nom comme prénom, et parfois le nom en hiragana et le prénom en kanji 充. Je ne cherche plus à comprendre.

Je termine avec ma préférée, Q-Hayashida (林田球), auteure du barré Dorohedoro. Son prénom 球 se prononce kyû, homophone de la lettre Q en anglais, d’où la transcription en alphabet romain.

Choisir ses mangas à lire en japonais

Les 漫画 sont idéaux pour apprendre à lire le japonais, une fois passé au niveau intermédiaire, surtout si comme moi on en lit déjà beaucoup.

Voici mes conseils pour bien les choisir :

1 – Les furiganas, c’est la prononciation des kanjis écrite en petit à côté, ce qui facilite grandement leur recherche dans le dictionnaire. Et c’est dans les mangas pour enfants/ados, qu’on les trouve, donc shôjo (少女) ou shônen (少年), ou tout public, comme Yotsuba & (よつばと!). Pour moi l’absence de furiganas multiplie le temps de décodage par 3 ou 4. Le site amazon.co.jp présente des previews des premières pages des mangas, ce qui évite de commander en aveugle.

2 – Le thème. Un manga tranche de vie comme Yotsuba & (encore) risque d’enseigner des mots et expressions plus utiles que One Piece (ワンピース) ou l’Atelier des Sorciers (とんなりの帽子のアトリエ). Sauf pour qui vise une carrière de pirate ou sorcière.

3 – Le niveau de langage. Attention à qui parle et avec quel niveau de langage. Dans Orange ce sont surtout des amis de lycées égaux entre eux. Dans Yotsuba & (encore), ce sont des situations variées. Les shônens genre Dragon Ball (ドラゴンボール)vont vous apprendre un langage de cours de récréation. Contrairement au français, dans les mangas les dialogues sont toujours retranscrits comme à l’oral, donc on a beaucoup de tournures orales.

4 – La taille de l’édition. Difficile de décoder les kanjis et les furiganas sans loupe dans une édition tankôbon (単行本) classique. Les éditions deluxe en plus grand format sont nos amies.

5 – Le talent de l’artiste. Eh oui, par exemple les expressions des personnages permettent de confirmer ou infirmer ce qu’on pense avoir compris.

6 – L’intérêt. Choisir un manga susceptible de vous intéresser. Of course. 勿論!

Combien de temps faut-il pour apprendre le japonais ?

Question idiote, nous sommes tous différents, et apprendrons différemment, mais rechercher un ordre de grandeur est humain.

Mais j’ai lu quelque-part que des américains travaillant pour je ne sais quelle agence diplomatique avaient établi qu’il fallait 2200 heures pour commencer à se débrouiller dans la vie de tous jours, avoir une conversation couramment, regarder la télé, lire un journal, etc. C’est à prendre avec des pincettes stérilisées, comme tout ce qui circule sur le net, tant qu’on n’a pas identifié la source.

Mais à raison de 2 heures par jour, ça fait 3 ans.

Donc pour moi, encore deux ans, environ.

Ca me paraît en phase avec mon expérience. J’ai énormément progressé, et je commence seulement à apprécier le chemin encore à parcourir, selon une loi mal trop connue, qui veut que moins on est ignorant, plus on prend la mesure de son ignorance.

Sentir bon ou mauvais ? Le japonais polygraphe

Le japonais est super homophone, et super polygraphe.

Ce soir, en lisant, je tombe sur un nouveau mot. Phonétiquement, nioi, におい. Comment ça s’écrit ?

Soit 匂い, et alors ça veut dire bonne odeur.

Soit 臭い, et alors ça veut dire mauvaise odeur.

Les mots qui selon la manière dont ils s’écrivent prennent une nuance différente, sont légion, comme sagasu, さがす、qui veut dire chercher et qui écrit 探す prend la nuance de chercher quelque chose qu’on désire, et écrit 捜す la nuance de chercher quelque chose qu’on a perdu, mais c’est la première fois que je vois des nuances opposées.

Ca donne un indice de pourquoi le japonais n’est pas prêt de s’écrire avec un système phonétique.

Comment j’ai appris tous les kanjis en trois mois

En fait, il ne s’agit que des 2136 jôyôs kankis (常用漢字), ceux qui sont obligatoires à l’école, et j’en avais déjà appris 400 environ avec le livre kanji kakitai) quand j’ai mis le turbo.

C’est le site nihongoshark qui m’a convaincu de cette méthode. En apprentissage conventionnel, apprendre un kanji, ça consiste à apprendre à savoir l’écrire (avec l’ordre et le sens des traits), plus connaître ses significations (il peut y en avoir un paquet), ses prononciations (généralement deux). Pour faire bien il est intéressant aussi d’apprendre un ou plusieurs mots avec le caractère).

Ceux qui apprennent les kanjis par la méthode classique ne finissent jamais (c’est l’impression qu’on a en lisant les témoignages).

Moi j’ai juste appris à reconnaître chaque caractère et à lui associer une signification au moyen d’une petite histoire mnémotechnique. Juste apprendre à reconnaître les lettres, les 2136 lettres.

L’écriture, je ne m’en préoccupe pas (voir Pourquoi je n’apprends pas à écrire). La prononciation, je l’apprends plus tard sur le tas, en apprenant les mots. Les significations supplémentaires, aussi.

J’ai donc utilisé anki (le deck All in one kanji), Kanji Study (pour écrire les histoires mnémoniques), et hop c’est parti pour 25 kanjis par jour, 4 ou 5 jours par semaine. Ca a été dur, mais la fin en vue depuis le début (juste avant Noël 2018), et je ne le regrette pas !

Le japonais, la grammaire c’est facile

On entend souvent que je japonais c’est facile pour la phonétique, difficile pour l’écriture, facile pour la grammaire.

Facile pour la grammaire, je ne suis pas trop d’accord. Je pense que les gens qui disent ça confondent grammaire et morphologie des mots.

La morphologie des mots est simple. Il n’y a pas de déclinaison, pas de féminin, pluriel, pas de personne, une conjugaison avec seulement deux temps, deux groupes, trois verbes et un adjectif irrégulier, pas plus.

La grammaire, je ne trouve pas. Elle a sa logique, qui n’est pas la logique qu’on connait dans les langues européennes. Il faut tout réapprendre.

Pourquoi je n’apprends pas à écrire ?

Parce que je n’ai pas réussi à imaginer de situation où j’aurais à écrire, avec un crayon. (et oui, j’apprends tout seul : pas d’examen)

Parce que si j’avais voulu apprendre à écrire les 2000 kanjis et plus, avec le sens et l’ordre des traits et tout, je crois bien que j’y serais encore.

Parce qu’écrire avec un clavier ou un écran tactile est très facile. On tape le mot phonétiquement en lettre latines : sensei, le clavier affiche le mot en hiragana : せんせい et les diverses transcriptions possibles sont proposées : 宣誓 センセイ 先制 etc. (vous ai-je dit que le japonais était le royaume de l’homophonie ?) Il n’y a plus qu’à sélectionner la bonne : 先生. En fait, savoir lire suffit pour écrire.

Par quoi j’ai commencé ?

1. J’ai appris tous les hiraganas.

2. J’ai appris tous les katakanas.

Avant même d’apprendre le moindre mot ou règle de grammaire.

Dans les deux sens (connaître la lettre correspondant à un son, et le son correspondant à une lettre).

J’ai utilisé des flashcards en papier trouvées sur internet et un cahier d’écriture (asimil). Ensuite j’ai utilisé JA sensei et ses fonctions de répétition SRS pour réviser encore et encore jusqu’à ce que ça devienne plus ou moins instinctif). Si c’était à refaire je me contenterais d’anki (voir Anki) et je n’essaierais même pas de les écrire (voir Pourquoi je n’apprends à écrire)

Ca m’a pris 5 jours pour les hiraganas, puis 5 jours pour les katakanas. Ca me paraît énorme rétrospecctivement (à ma période de pointe j’apprenais les kanjis bien plus vite (voir Comment j’ai appris les kanjis en 3 mois), mais les kanas, surtout les hiraganas doivent être connus sur le bout des doigts, et c’était la chauffe 🙂